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Soufflant si fort, & de telle maniere
Qu[']elle nous feit retourner en arriere:
Changeant en dueil nostre attente tarie,
De prendre terre es portz de Barbarie,
Esquelz Siroc nous avoit quasi mis
En seureté de Mer, & d'ennemys.
Mais vent contraire à l'heure nous redouble
Plus que devant en l'esprit crainte, & trouble.
Nous ramenant par les voyes hideuses,
Ja de noz yeulx cogneues perilleuses.
Comme Theseus en persant les tenebres
Des bas Enfers, plains de dangers funebres:
Se trouva plus au retour estonné
Voyant des Dieux estre à luy ordonné
De repasser par les monstres iniques,
Qu'il avoit veu en ces lieux Plutoniques.
Aussi nous fut la peur plus effroyable,
Renavigans par Mer non navigable:
Par gouffre egal au grand gouffre d'enfer,
Qui se peult dire estage à Lucifer: /
Et pis encor, car en Enfer les ames,
Sont seulement tourmentees aux flammes.
Mais en celle eau les ames, & les corps
Sont agitez par contraires accordz.
Or pense (amye) en quelz dangers se mettent,
Qui follement en la Mer se commettent,
Par faulte d'eau, ou par trop d'abondance,
Prochaine mort leur est en evidence:
Vivres faillans en lieu non secourable,
Causent de faim la langueur miserable.
Au feu surpris remede ne se treuve.
Bienheureux est qui n'en a faict la preuve.
Ventz violentz soufflent par si grand erre
Que bien souvent forcent investir terre
Des ennemys, la crainte est eternelle:
Voila comment soubz attente mortelle
Navigateurs au peril sont soubzmis:
De faim, soif, mer, feu, ventz, terre, ennemys.
    Pour retourner au propos precedent,
Estans rengez en un tel accident,