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Bien que ce fut assez peu de viande
Pour tant de gens, d'une armée si grande,
Ou fault nourrir six mille que nous sommes:
Compris forsatz, mariniers, gentilz hommes.
Mais nous avons de gaigner esperance
De Chio l[']isle, ou prenons asseurance,
Tant d'amytié trouver en celle gent,
Qu'il ne nous peust manquer pain, ny argent:
Car les Chios sont Chrestiens secourables:
Et aux Francoys de tout temps favorables.
Ce que congneu avons bien par expres,
Comme il sera declairé cy apres.
    Nous donc ayans du biscuyt fourniture,
Avec du temps tranquille l'adventure,
Du fons de l[']eau les ancres retirons:
Sortans du port à force d'avirons.
Comites lors de leurs sifletz esveillent
Forsats captifz, affin que mieulx traveillent*:         V2, O: travaillent
Et ne sont pas les pauvres exemptez
De l'anguillade au traveil* tourmentez:              V2, O: travail
Ains leur convient entendre à coups de foytz,
Que passer vogue il leur fault plusieurs foys:
Pour parvenir en diligence toute,
Au lieu qui peult asseurer nostre doubte:
Et prevenir par paisible sejour,
Le froid yver qui croist de jour en jour:
Accompaigné de ventz, & de tourmentes,
Pour la galere un peu trop vehementes.
Ainsi voguans de force à qui mieulx mieulx, /
Tout l'Archipel se presente à noz yeulx:
Terres de loing semblent nous approcher:
Autres fuyr, & point ne nous chercher.
Nous descouvrons Andria la vaillante,
Qui fut jadis de dames abondante,
A divers jeux d'instrumens bien aprises:
Des jeunes gens par la Grece requises,
Donnant plaisirs, non tant de leurs accords,
Que du naïf instrument de leur corps.
    Puis escartans cà, & là noz oeillades,
Voyons en Mer les esparses Cyclades,