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Nous costoyans doncques la Barbarie,
Passasmes pres de la Panthelerie,
Isle qui est des Chrestiens habitee.
Puis Lampedouse, isle deshabitee.
Du mesme vent qui en Mer nous exalte,
Sommes conduictz entre Suile, & Malthe:
Ou sont manans Rhodiens Chevaliers
De nostre foy columnes, & piliers:
Depuis le temps que les Turcs leur osterent
Rhodes par force, & d'eux la conquesterent.
Las quand je vey l'aultre terre fertile,
La tresriche isle, royaume de Sicile
Je ne me peuz tenir de dueil, & d'ire
Dedans mon cueur de trahyson mauldire: /
Par laquelle a tant de fois esté France
Mise en danger, & non deue souffrance.
    Saches (amye) aultrefoys que par guerre
Les preux Francoys conquirent celle terre:
Mais trahyson qui procede d'envie
La leur fit perdre avec leur propre vie:
Car en un jour tous furent à mort mis,
Secretement par trahystres ennemis:
Qui sont encor leurs successeurs infames
Du dueil qu'en ont en memoire les femmes.
    Suyvant propos les vents qui lors regnerent
Mestral, Ponant, tant à poinct nous menerent
Par les endroictz ou fut nostre entreprise
Qu'eusmes entrée au goufre de Venise.
Au grand danger des prochains ennemis
Qui leur armée à Messine avoyent mis.
Et au danger du goufre spatieux
Souvent esmeu, bouillant, & furieux.
Mais Dieu qui scayt les siens tousjours conduire
Feit que pour lors rien ne nous y peut nuire.
Le vent est frais en poupe qui nous meine:
La mer bonasse attrempée, & sereine.
Tant que passez noz sommes sans ennuys,
Six cents mille oultre en trois jours, & trois nuictz.
Ayans nagé paravant dix mil mille
Sans entrer port, chasteau, terre, ne ville.