INDEX THÉMATIQUE: RELIGION ET MYTHOLOGIE
Cette
page est en construction
Les chiffres renvoient aux
vers.
A
Achilles
(1451):
Héros de la guerre de Troie, fils de la nymphe Thétis et de Pélée,
roi de Phthie en Thessalie, Achille était invulnérable pour avoir
été plongé, enfant, dans l'eau du Styx. Seul son talon,
par lequel le tenait sa mère, était resté vulnérable.
Achille apparaît comme l'un des personnages les plus passionnés
de la guerre de Troie: furieux contre Agamemnon qui lui a pris Briséis,
il retient son armée loin du combat et permet aux Troyens de prendre
l'avantage sur les Grecs; il perd son ami Patrocle qui s'est porté au
secours des Argiens; puis, il venge brutalement la mort de Patrocle en tuant
Hector et en refusant de rendre le corps qu'il fait tirer par un cheval autour
de la ville. La Borderie, par hommage, sans doute, à "l'excellent premier
poète" Homère, n'en dit pas de mal (pour un Grec, mais voir Thésée),
et se contente de rappeler ses combats avec Hector dans la plaine de Troie.
Voir Hector.
Aeolus, Eolus
(399-
722):
Dieu du vent, Eole habitait l'île d'Eolia où il retenait les vents
enchaînés. Sous l'ordre de Poséidon, il pouvait libérer
les vents et créer de violentes tempêtes.
Aeneas
(272-
644-1167)
ou Énée: héros troyen ancêtre des
Romains. Cette figure essentielle sert de point de comparaison à La Borderie,
qui, à la fois s'identifie à elle, et s'en écarte. Le plus
illustre des survivants de Troie, en effet, "porte la poisse" à la flottille
française, qui recoupe plusieurs points de son itinéraire. C'est
d'abord Carthage, comme dans l'Énéide, où les Français
n'abordent pas (et pour cause, car trop proche de Tunis, tenue par les Impéraux).
Mais, bien que rien ne soit dit, l'évocation des malheurs de la grande
cité semble réveiller les puissances hostiles à tout ce
qui descend de Troie, puisque les Français, selon la légende médiévale
revivifiée par Lemaire de Belges, descendent du Troyen Francus. Et c'est
le retour du golfe de Patras, et le passage par cette même mer Tyrrhénienne
qu'emprunta Énée avant de subir la grande tempête qui allait
le jeter sur les rives de Carthage. La référence (272), purement
formelle en apparence, a valeur de présage, car si Zéphyre préside
avec douceur au début du voyage, la flottille française ne tarde
pas à subir la même épreuve qu'Énée, une tempête
à la fois démarquée et distanciée de l'Énéide.
Aussi La Borderie n'hésite-t-il pas, au moment crucial, à invoquer
Vénus et sa qualité de mère d'Énée, pour
réclamer son intervention: le cousinage des Français avec le survivant
de Troie est ainsi reconnu, et revendiqué. Moment crucial que cette tempête,
où La Borderie s'emploie à se démarquer de son modèle
virgilien, tout en le suivant. Mais au sortir de l'épreuve, plutôt
que d'aborder à Carthage, la flottille française décide
de poursuivre jusqu'à Constantinople, refaisant en sens inverse le trajet
énéen, sans toutefois le suivre pas à pas. Rien d'étonnant,
alors, qu'au large de Délos (1167), son souvenir soit évoqué,
relativement à l'oracle de Phoebus: oracle véridique, que l'événement
a justifié et où Énée "sut les lieux que depuis
habita", sans que La Borderie tienne compte, apparemment, de la condamnation
passée quelques centaines de vers plus haut, au large de Malvoisie, sur
la crédulité antique. Mais n'est-ce pas une façon de se
distancier, encore une fois, du modèle virgilien, tout en se livrant
aux douceurs d'un souvenir littéraire? On notera enfin que, charitablement,
La Borderie lui épargne l'évocation de Didon, sans doute par solidarité
franco-troyenne, et que c'est au Grec Thésée qu'il confiera le
rôle de l'amoureux inconstant.
Allégories:
Elles ont leur place dans ce lexique, où les figures mythologiques ne
tiennent qu'en apparence le haut du pavé, à commencer par Amour
(voir ce nom). On se contentera de mentionner les deux principales ennemies
de La Borderie, Fortune et Mort. La première est de culture
antique (Fortuna chez les Romains, Tychè chez les Grecs), et a connu,
en tant qu'imperatrix mundi, une grande vogue au Moyen Age, avec sa roue.
Il en reste ici quelque chose dans le vers 432,
où toujours elle "roule ou vole, comme instable". Elle apparaît
comme l'ennemie personnelle de La Borderie, à qui elle a tramé,
"dès sa jeunesse tendre" (289)
un sort plein d'embûches, de concert avec la Mort. C'est donc elle qui
a fait mourir ses parents avant qu'ils pussent l'aider à faire carrière,
dans le but que La Borderie reste à jamais son esclave (299).
Celle qui est "de Vertu la contraire" (309)
hait apparemment les desseins élevés, "non en terre adonnés"
(307).
Elle est décrite comme un arbre "portant fruits de douleur" (305),
et ses "branches d'angoisse" qui barrent la route aux ambitions légitimes
ressemblent quelque peu au trépied du chevalet. Mais c'est une étrange
image, ayant déjà servi (quoique à un autre usage) dans
L'Amie de court, qui se détache de cette comparaison: Fortune
est comme l'orme par rapport à la vigne qui grimpe après lui:
il ne la laisse jamais voir le jour (299
sq). C'est encore elle qui a éloigné La Borderie de celle qu'il
aime, l'exposant à perdre la vie dans une mission dangereuse. La preuve
qu'elle est à l'uvre dans l'affaire d'Albanie: le décès
du dernier parent de La Borderie qui restât en mesure de lui rendre service,
dans le camp turc, quelque temps avant l'arrivée de celui-ci.
Elle s'est donc "accointée" de longue date
avec Mort. La succession de trois événements fait éclater
leur entente: mort du parent de La Borderie, échec devant Corfou, tempête
en mer et retour impossible. Dans le dernier même, on a l'impression qu'elles
se partagent la tâche, Fortune amassant toute sorte de météores
hostiles (grêle, bourrasques, etc), tandis que Mort opère au sein
de la mer. Cette dernière, "très infecte et puante" (387),
est venue des "bas enfers" et, un peu comme l'Arès homérique,
ne choisit guère son camp, car elle "se paît de la plus faible
part" (368).
Charognarde prélevant son tribut sur le camp turc, elle avise l'escadre
française qui s'en revient par beau temps et, nageant entre deux eaux,
suit sa proie. Elle n'est d'ailleurs pas discrète dans sa poursuite,
soulevant de grandes vagues, mais ce n'est pas elle qui émeut la tempête.
Car dans cette position, elle est aperçue de Neptune, qui en tant que
dieu ne peut souffrir pareil "monstre" en son royaume. Et la mécanique
cathartique se met en route, quitte à écraser les humains: Éole
exécute l'ordre de lâcher les vents ; Apollon se retire, plongeant
la scène dans l'obscurité avant l'heure; et Jupiter, furieux de
ce que la Mort ait quitté les abîmes, tonne jusque chez Pluton.
À la Fortune d'exploiter le désordre, tandis que Mort, qui se
confond alors avec Atropos
(441),
attend patiemment, tel un requin, que sa victime tombe à l'eau. Finalement,
elle ne cède que devant la menace d'Amour (de la rendre amoureuse: voir
Amour), car qui voudrait d'elle, laide comme elle est ? L'issue serait comique,
si ce n'est que Mort se venge sur les galères de Barberousse, dont elle
engloutit vingt-deux. Traitée à la limite du burlesque, l'allégorie
de la Mort a montré cependant qu'elle se rit du fracas des dieux, et
sait tirer parti de toutes les situations. Elle est, quant au fond, indémodable!
Quant à Fortune, le vers 192
rappelle que "Dieu au bon droict donra bonne fortune", et ce n'est pas des dieux
qu'elle dépend, mais de Dieu même. Du reste, pour être un
élu de Sa grâce, ne faut-il pas quelque persécution? Seul
l'annihilement de la volonté personnelle devant les desseins de Dieu
permet de s'affranchir de l'esclavage de Fortune. Du Bellay ("Las ! où
est maintenant ce mépris de Fortune?") aurait dû s'en souvenir.
Autant la Fortune reste pure abstraction, puisssance instable au-dessus de nos
têtes, autant la Mort est, sinon précisément décrite,
du moins notée de laideur monstrueuse et puissante, n'attendant qu'un
retour de mode, peut-être, pour se remétamorphoser en dragon .
Amour (373,
669
à
675-691-696-709
à 738): Amour, correspondant à
la figure de Cupidon, fils de Vénus, se pose dès le départ
comme protecteur de La Borderie. À ce titre, il apparaît presque
comme une allégorie, une simple abstraction, s'opposant à Fortune
et à Mort, dont il déjoue les embûches. De façon
à peine plus figurative, on le voit éveiller par sa mère
Vénus au cur du narrateur, où il dormait tout nu "secrètement,
de peur d'être connu" (discrétion assez inhabituelle, qui tire,
de façon paradoxale, la figure de Cupidon vers la conception médiévale
de l'honnête amour), pour combattre la Mort. Il lui suffit de la menacer
de ses flèches pour qu'elle abandonne la partie. De fait, son ardeur
guerrière est si grande, qu'il s'en mord (675,
probablement les lèvres). Dépité de n'avoir pas trouvé
son adversaire, il passe sa colère sur les vents (jouant ainsi le rôle
de Neptune chez Virgile), et menace leur maître, Éole, de représailles.
Puis il rentre, toujours aussi discrètement, au cur du narrateur,
qui lui jure, après ce bienfait, d'être son "serf" pendant mille
ans.
En lui faisant jouer les chevaliers vengeurs,
La Borderie apprivoise tout ce qu'Amour peut avoir de menaçant et l'enrôle
dans ce que nous aurions envie de nommer l'éternel combat d'Éros
contre Thanatos. Pour brosser son personnage, il a moins retouché la
vieille image médiévale de Cupidon, que réapproprié
celle de la Renaissance, plus "authentique ", à une conception de l'honnête
amour qui, sous sa plume, porte encore trace de l'idéal courtois. Mais
si le tracé est un peu plus Renaissance - à peine -,
le fond reste médiéval. Il faut par ailleurs faire la comparaison
avec L'Amie de court, du même auteur, pour mesurer la complexité
de la relation que La Borderie entretient avec cette figure. Dans cette uvre,
elle inspire à l' héroïne une verve satirique qui s'exerce
sur les nombreux attributs de l'allégorie: arc, torches, bandeau sur
les yeux, etc, que l'Amie a beau jeu de bafouer en les prenant, un par un, au
pied de la lettre. Tous ces accessoires sont absents du Voyage, sauf les flèches,
seules garantes, finalement, de la ressemblance du personnage à son image,
mais ici, jamais La Borderie ne l'appelle Cupidon, comme il le fait dans l'Amie
de court. C'est presque tout dire. Nulle trace non plus, comme chez Almanque
Papillon (auteur du Nouvel amour, l'un des textes rattachés à
la Querelle des Amies), d'un divorce entre lui et sa mère, Vénus.
Amour en est le fidèle exécuteur, le ministre, la déesse
restant, dans sa majesté, invisible.
Petit enfant rageur, furieux qu'on le dérange
du for intérieur des honnêtes amants, où il demeure nu comme
la vérité dans le puits, fidèle exécutant des ordres
de sa mère, cultivant une vertu - la discrétion -
qui lui est peu connue par ailleurs, l'Amour du Voyage de La Borderie est décidément
une version originale et non-conformiste d'une figure fort à la mode
en son temps. N'est-ce pas que son imaginaire se meut plus volontiers dans l'allégorie,
plus ductile à ses exigences éthiques, que dans la mythologie,
trop précise dans son pittoresque "historique"?
Antoine,
Sainct (479):
voir Saints.
Apollo ou Appollo
(419-929):
Dieu du ciel lumineux, du soleil, il se retire "dans son divin manoir", devant
la tempête - transposition des vers 88-89 du chant I de l'Énéide,
où Apollon n'a nulle part, les vents "arrachant" (eripiunt) la
clarté du jour. Quatre vers ici lui donneraient une forte coloration
mythologique, si ce n'est que le dieu, sans se contenter de regagner son "divin
manoir", s'habille de noir, transposition du phénomène virgilien
de la nuit en plein jour (ponto nox incubat atra). En 929,
ses prétendus pouvoirs oraculaires sont dénoncés par La
Borderie, (aux sites d'Épidaure Liméra et de Delphes), qui fait
un retour éclatant à l'orthodoxie biblique, après une longue
période de dévotion à Vénus.
Voir Phoebus,
dont l'oracle, à Délos, fut véridique pour Énée
(quoique mal interprété, dans un premier temps, par Anchise, qui
dirigea les Troyens sur la Crète).
Argus
(234):
le gardien aux cent yeux préposé
par Junon
à la conservation de la vertu d'Io, la génisse dont Jupiter était
amoureux. Il fut tué par Mercure, qui l'endormit auparavant en lui jouant
des mélodies rustiques. Ici, simple mention, hors de tout contexte mythique:
la flotte turque a tant de mâts qu'on a peine à les embrasser du
regard, et qu'Argus n'y suffirait pas. Peut-être l'image de la forêt
que suscite le grand nombre des mâts appelle-t-elle ce souvenir du monde
pastoral.
Ariane (1319):
Sujet d'une des premières variations sur Ariane à Naxos
de la littérature française, l'héroïne malheureuse
est évoquée en quelques vers, qui résument le début
de son aventure avec Thésée,
depuis l'épisode du Minotaure jusqu'à son enlèvement et
son abandon, de la Crète à Naxos. La Borderie semble ignorer la
seconde partie de son histoire, lorsque Dionysos vint la consoler. Il la laisse
seule, au milieu des bêtes, qui malgré tout ont plus de pitié
d'elle que son séducteur. Ariane est la figure de la victime féminine
de l'amour, en lieu et place de Didon,
et ce pour des raisons d'ordre idéologico-mythique, Thésée
étant, puisque Grec, meilleur à flétrir que le Troyen Énée.
Par ailleurs, et puisque c'est elle qui enseigne à Thésée
le moyen de détruire le Minotaure, elle rejoint dans son mauvais destin
les filles d'enchanteurs du folklore, qui aident le héros à triompher,
mais perdent tous leurs pouvoirs devant l'amour, et finissent abandonnées
par un ingrat - sortes d'anti-Médée.
Athéna
(989):
Avec une prononciation moderne, non érasmienne (Athina), cet autre nom,
pour nous le premier, de la déese connue au Moyen Age sous le nom de
Pallas,
fait une courte apparition là où on l'attendait, devant Athènes,
dont on nous dit qu'elle est la déesse éponyme. Sitôt après,
La Borderie ajoute qu'on l'appelle encore Minerve.
La connaissance que La Borderie manifeste des rapports de la déesse avec
la cité qui porte son nom masque mal le silence qui occulte tout le reste,
par exemple le jugement de Pâris
(dont il est fait mention), et ses rapports privilégiés avec Ulysse
(figure dont on ne parle jamais, bien que La Borderie ait frôlé
Ithaque). Ce dernier point parce que La Borderie connaît bien mieux l'Énéide
que l'Odyssée, assurément. Et Minerve ne joue pas un grand
rôle dans la geste d'Énée, à la différence
de Junon.
Par ailleurs, comme La Borderie connaît quand même "l'excellent
premier poète Homère" (v. 1426
; mais surtout l'Iliade, apparemment ), et qu'en tant que descendant
de Francus, il est plutôt pro-Troyen que pro-Grec, l'hommage qu'il rend
à Pallas-Athéna l'oblige à faire silence sur sa participation
à la guerre de Troie. Il a déjà bien assez de régler
les comptes avec Junon!
Atropos
(441):
la dernière des trois Parques attend, tapie dans les flots, La Borderie,
trop malade pendant la tempête pour se défendre. Serait-ce un autre
nom de la Mort,
que les dieux outragés s'activent à chasser de leur domaine ?
Interprétation qui serait confirmée par son attitude sournoise.
Jean Lemaire de Belges (1473-1525),
propagateur de la légende de Francus, avait écrit des Contes
d'Atropos et de Cupidon.
Aurore (890,
1385,
1525):
sans être "aux doigts de rose", elle peut figurer dans l'essaim des souvenirs
littéraires, alors que, de manière un peu plate ("à
poindre coustumiere") il est vrai, La Borderie
la convoque à éclairer son passage en Asie, au départ de
Chio. Elle donne alors une légère teinte épique à
ses pérégrinations.
E
Énée
(272, 644,1167): voir Aeneas.
Enfer,
Enfers (358-532-539-541): plus
précisément "les bas Enfers", repaire de la Mort,
allégorie qui joue un rôle moteur dans la tempête.
On peut penser que ces enfers-là, qui correspondraient plus ou
moins au Cocyte, à cause des ténèbres qui y
règnent, ont plus à voir avec l'imaginaire païen
que chrétien. Mais peut-être la popularité des
dialogues lucianiques a-t-elle contribué, avec leurs
entassements de squelettes dignes des catacombes chrétiennes
et des danses macabres du XVe siècle, à créer
une sorte de syncrétisme entre les deux eschatologies, qui
imbibe tout l'épisode de la tempête. Quoi qu'il en soit,
en 425, les Enfers sont bel et bien le domaine de Pluton, qui en a,
en vertu d'un pacte originel, la garde; mais il faut croire que ce
dernier est un gardien peu vigilant, ou malintentionné, et
Jupiter ne s'y trompe guère, et fulmine jusqu'en ces
profondeurs. En 532, les "bas Enfers" sont évoqués
relativement à l'exploit de Thésée qui, comme
Hercule, osa pénétrer en ces lieux obscurs, pleins de
"dangers funèbres". En 541, en revanche, on est passé,
avec le singulier (en Enfer), et l'allusion à Lucifer et aux
âmes des damnés, à l'imaginaire chrétien,
tournant du texte nécessaire si l'on veut se sortir de cette
tempête qui n'en finit pas et abuse autant des esquifs sur les
flots qu'elle amuse l'esprit des poètes avec ses vains jeux
d'imagination païenne.
Éole
(399, 722): Bien différent de
chez Virgile, le dieu gardien des vents qui n'attend pas l'algarade
de Neptune, et de lui-même s'active à calmer la
tempête; mais il le fait de la même façon qu'il la
déchaînerait, en lâchant les vents
emprisonnés dans leurs antres. Ce n'est pas pour soulever les
flots, mais pour "courir sus" (404) à la Mort, ce qui, en
l'occurrence, semble vouloir dire combattre le mal par le mal. Du
reste, les pauvres matelots ne voient guère la
différence, tandis qu'Amour charge les vents qu'il a
houspillés de transmettre ses menaces à leur
maître - écho ironique de Virgile, où
c'était Neptune qui tançait les vents, sans compter que
c'était déjà l'amour (la promesse
d'épouser une des nymphes de Junon) qui, chez le poète
latin, décidait Éole à libérer les
vents.
F
Fortune
(287-299-320-376-431-439): voir Allégories.
H
Hector
(1451): Associé à Achille comme étant "les plus
forts" des deux camps, le héros troyen, père de
Francus, est évoqué lorsque La Borderie passe non loin
du site de Troie. Il évite de rappeler le résultat de
l'affrontement entre les deux champions, les maintenant sur un pied
d'égalité dans leurs "belliqueux efforts", tels que la
postérité les juge, finalement. Paire adverse,
combattant pour l'éternité, autant que Castor et Pollux
forment une paire amicale.
Hero
(1569):
Selon la légende, Léandre
traversait le Bosphore à la nage pendant la nuit pour aller retrouver
Héro. Celle-ci tenait une lampe allumée au haut d'une tour pour
guider son amant vers la côte. Une nuit, le vent éteignit la lampe
et Léandre se noya. Le lendemain, lorsqu'elle vit le corps de son amant
rejeté sur la rive, Héro se précipita dans la mer. La Borderie
semble faire grief à la jeune fille de n'avoir pas su garder sa réputation,
car son suicide révéla la liaison coupable qu'elle avait avec
Léandre. Or, la discrétion est une des vertus essentielles de
la conception courtoise de l'amour. D'autre part, si La Borderie ne peut pas
plus que Léandre commander aux eaux, au moins n'est-il pas la victime
consentante de Fol Amour, et il sait commander à lui-même. Héro
est ainsi la seule héroïne mythologique condamnée dans le
Discours pour avoir perdu "honneur et honte" en faisant se noyer Léandre,
châtiment de Fol Amour. Ce qui choque La Borderie, c'est moins qu'elle
ait causé la mort du jeune homme que le fait qu'elle ait exposé
publiquement sa passion.
J
Jehan, Sainct
(1422):
voir Saints.
Jesuschrist
(1419
-1518)
Juno
(620): Dans la droite ligne du mythe d'Énée,
relayé par celui de Francus, La Borderie invoque la
déesse comme cause probable de l'épreuve qu'il traverse
durant la tempête. Elle s'acharnerait ainsi sur les descendants
lointains des Troyens, furieuse encore du jugement de Pâris.
Mais, à lire l'invocation que La Borderie lui consacre, elle a
droit à au moins autant de reproches que de
vénération, et même à un défi plein
d'un orgueil désespéré: qu'elle cesse donc de
s'acharner sur une poignée de Français, puisque
désormais ceux-ci sont trop nombreux pour craindre leur
extinction. Confirmation que le fil renoué avec
l'épisode de la tempête chez Virgile n'est en rien une
plate répétition, mais une véritable reprise et,
ici, correction par le sens de l'histoire. Déesse froide,
majestueuse (et tueuse), Junon est invoquée à la
troisième personne, et ce par l'intermédiaire d'un
pluriel collectif, les "dieux hautains" du vers 619, que La Borderie
prend à témoin. Peut-être sauront-ils la mettre
à la raison ?
Juppiter
(423-
906-
928):
qualifié de "dieu des dieux", il n'est
guère pourtant que le porte-foudre, qui tonne jusqu'au fond
des Enfers, pour se venger de Pluton, coupable d'en avoir
laissé sortir la Mort. Cependant, par rapport à la
tradition mythologique, qui partageait le monde entre les trois
frères, Jupiter, Neptune et Pluton, Jupiter est le dieu des
dieux, qui a la haute main sur les Enfers, ainsi que sur la terre,
sur les vivants et les morts (430), reléguant ainsi Pluton au
rang de simple gardien. En 906, La Borderie rappelle sa
suprématie sur la Crète et ses cent villes, sans
préciser que c'est en raison de son lieu de naissance que
cette île lui est consacrée. Ou plutôt, Jupiter
apparaît comme un potentat moderne, le suzerain de villes qui
lui sont "sujettes et serviles", sans doute par un reste
d'évhémérisme dans les sources dont La Borderie
s'est inspiré. Cette suzeraineté apparaît encore
en 928, au sanctuaire d'Épidaure Liméra, que le dieu
"tresample" (traduction du mégistos homérique, ou
plutôt du maximus latin) patronne, bien que ce soit Apollon qui
rende les oracles à cet endroit, comme à Delphes.
Notons à ce sujet que ce semble être un besoin de
l'esprit encore médiéval de La Bordrie, que cette
tendance à faire patronner un lieu de culte consacré
à une divinité relativement secondaire (Apollon
à Épidaure Liméra, Cérès à
Éleusis) par un dieu d'un rang plus élevé, comme
le vassal par le suzerain (respectivement, Jupiter et Pallas).
L
Latona
(198):
déesse aimée de Jupiter, mère d'Apollon et de
Diane. Avant d'arriver à Délos, où elle
accoucha, elle dut subir des errances que lui valut la haine de
Junon. L'épisode auquel fait allusion La Borderie se situe au
cours de ces tribulations: mourant de soif, elle arriva à un
village de Lycie, où elle demanda à boire aux paysans.
Ayant essuyé un refus, elle les transforma en grenouilles. On
peut se demander pourquoi La Borderie l'appelle "déesse sans
vice" (v. 202). Tautologie? Ou excuse de ce que Vigny appellera "sa
divine faute", aux yeux d'un public habitué à ce genre
de faute à la cour?
Leander
(1569): Léandre. Victime de Fol Amour, il se noya dans le
Bosphore en essayant de rejoindre Héro, qui habitait sur le
rivage opposé. La Borderie l'expédie tout aussi
sèchement qu'Héro, en disant qu'il "Ne put à soi
ni aux eaux commander". Le seul point commun que La Borderie se
reconnaîtrait avec lui, c'est de ne pouvoir commander aux eaux.
Mais au moins sait-il rester maître de lui.
Lucifer
(540)
M
Machomet,
prophète (1517-
1735)
Minerve
(990):
synonyme latin de Pallas, ce
surnom vient en troisième lieu, après Pallas et
Athéna. Le tout fait "tir groupé", en l'espace de trois
vers. De fait, Pallas est le nom médiéval; Minerve, le
nom latin, connu des lecteurs de Virgile; et Athéna le nom
grec, et bien sûr athénien. Sous ces trois appellations,
La Borderie nous invite à reconnaître la
personnification de l'intelligence, perceptible à qui de droit
à travers tous les siècles. Voir aussi Pallas
et Athena
Minotaure
(1331 sq): c'est grâce à Ariane
que Thésée
sut comment "destruire / Ce monstre horrible", ce qui constitue un
écart par rapport à la vulgate du mythe, où si
Ariane sauva Thésée par son fil, c'est à son
seul courage que le héros dut de tuer l'hôte du
labyrinthe. Mais ici, sans l'intervention (probablement magique)
d'Ariane, le monstre aurait infligé à
Thésée le sort qu'il méritait.
N
Neptune
(394): intervient pendant la tempête, pour y mettre fin et
chasser la Mort de son domaine marin; après tout, c'est un
dieu, et y "souffrir ce monstre" lui serait "vitupere". L'imitation
virgilienne est ici très superficielle, mais réelle.
Ainsi, Neptune se sert de son trident, mais pas pour dégager,
comme dans l'Énéide, un bateau engagé sur un
récif: ici, par trois fois (396), il en frappe pour chasser la
"tourmente" (sans résultat apparent). Un autre souvenir de
Virgile, apparaît transposé en 388, où l'on voit
une créature surnaturelle "dresser sa tête" hors de
l'eau; mais au lieu que ce soit, comme en Æn I, 1, le
"placidum caput" de sa Majesté marine, c'est celle de la Mort,
qui avise la flottille française. Le dieu ne dit mot, à
la différence de ce qui se passe chez Virgile, pas plus
qu'aucun autre des antagonistes surnaturels de la tempête; mais
on a l'impression que les figures mythologiques, circonscrites
à leur domaine naturel, ont moins d'importance dans ce passage
que les allégories
(Fortune, Mort, Amour), qui mènent la danse d'une façon
encore très médiévale.
O
Oenone
(1446): ): le premier amour de Pâris,
autre victime féminine de l'inconstance, dans ce texte, avec
Ariane. Elle est évoquée moins longuement, faisant
valoir la félonie de Pâris (qui la "trompa d'amour
feinte"), ainsi que l'univers pastoral et son innocence, qu'elle
représente. En effet, c'est lorsqu'il était berger sur
le mont Ida que Pâris connut Oenone.
Ortygie
(1166,
1170): nom originel de Délos, avant que cette île
accueillît les couches de Latone.
Depuis la naissance d'Apollon et d'Artémis, cette île,
jadis errante, se fixa à son emplacement actuel et prit le nom
de Délos, "la brillante", nom qui fait écho au surnom
d'Apollon, Phoebus. Ortygie est le seul nom que La Borderie emploie,
suivant en cela Virgile qui, au chant III de
l'Énéide, n'en connaît pas d'autre, et ne
fait allusion à celui, autrement plus usité, de
Délos, que par l'épithète Delius appliqué
à Apollon.
La Borderie fait du reste référence à
l'épisode de l'oracle visité par Énée. Il
a eu vent aussi de la légende de l'île errante, mais
l'applique à toutes les Cyclades (1163-
1164), au centre
desquelles se situe Délos. Après Cythère,
qu'il a le bonheur de voir, Délos est l'île qui semble
exercer sur lui le plus d'intérêt, en raison du souvenir
virgilien, apparemment. Mais hélas! nul n'a su lui dire
laquelle c'était.
P
Pallas
(967-
988): Ce nom est le plus fréquent au cours du Moyen Age,
où elle symbolise la vie contemplative (voir par exemple les
Échecs amoureux et leur glose par Évrard de Conty); et
c'est celui que La Borderie emploie le plus volontiers. Il attribue
à la déesse un rôle dans les cultes
d'Éleusis, à côté de Cérès,
dans un passage qui se termine par une dénonciation de
l'idolâtrie païenne. Puis Pallas revient en compagnie de
Triptolème, pour partager avec le héros la gloire
d'avoir donné l'agriculture aux humains. À cette
occasion, elle reçoit également tout son jeu de
synonymes: Athéna (ou plutôt Athina, dans une
prononciation plus moderne), Minerve. Ainsi lui reconnaît-on
son rôle éponymique envers Athènes, mais, ne
seraient les vers 967 sq, où on lui attribue un temple, on a
peine à se persuader qu'il s'agit là d'une
divinité comme Vénus ou Junon, ayant des pouvoirs
supra-naturels, et l'évhémérisme diffus qui
caractérise tout ce que La Borderie nous dit d'elle nous
incite à voir en elle la personnification de l'intelligence
créatrice, et dans ses adorateurs des naïfs bien
intentionnés. Impression d'autant plus vive qu'elle n'est
jamais nommée dans l'évocation du jugement de
Pâris (voir trois déesses). Jamais non plus la
déesse n'apparaît dans sa personnalité
guerrière. voir aussi Minerve
et Athena
Paris
(626-
1444-
1447): Fils de Priam et d'Hécube, il est à
l'origine de la guerre de Troie. La "légèreté"
de son jugement est désavouée par La Borderie, qui s'en
repent pour ses "majeurs", faisant par là de l'homme fatal de
Troie l'ancêtre des Français. Ceci durant la
tempête (626), moment obligé d'un acte de contrition.
Plus tard (1544), passant près des "monts Idées", il
n'oublie pas de détester l'abandon d'none par le berger
qu'était alors Pâris, ce qui sous-entend au moins trois
degrés dans l'exploitation du mythe: le niveau historique,
troyen, via Francus, relais implicite; celui, intime, de l'amour que
La Borderie emporte avec lui, et auquel il confronte les mauvais
exemples que sont Pâris et Thésée ; et celui de
la pastorale, où Pâris fait figure d'Adam-Caïn tout
à la fois, auteur du crime originel dans cet univers de
l'amour (souvent malheureux, d'ailleurs), recréé par
Sannazaro, avec toutefois l'ambiguité que son fameux jugement
"des trois Déesses nues"
(1447)
recèle: coupable,
certes - car c'est lui qui "mut le principe aux guerres
survenues" (1448) - mais mis sur la voie de la tentation par
la divinité même. Cependant, l'expression de La
Borderie, qui met en avant l'abandon d'none, pour ne parler
qu'ensuite du jugement, suggère que la
légèreté de Pâris fut celle du cur
avant tout. Car, en lui donnant le prix, Pâris n'avait-il pas
en vue la récompense que Vénus lui avait promise,
c'est-à-dire l'amour de la plus belle femme du monde ?
Ajoutons que La Borderie ne peut entièrement désavouer
ce jugement, dans la mesure où il se présente
lui-même comme vouant un culte particulier à
Vénus.
Paul,
Sainct
(1442): voir Saints.
Phoebus
(467-
891-
1166): Le "brillant", épithète d'Apollon, qui
sert de transition entre ce dieu et le Soleil, auquel il finit par
être assimilé. Chez La Borderie toutefois,
l'assimilation ne paraît pas totale, et si c'est Phoebus qui
accomplit imperturbablement "son cerne rond" et plonge ensuite les
malheureux Français dans la nuit, Apollon, lui, abandonne le
spectacle dès le v.419, laissant place à une sorte de
clarté obscure. En 891, Phoebus succède très
logiquement à la lune. Mais en 1167, à propos de
Délos et de son oracle, l'assimilation à Apollon est
complète On a même l'impression que le souvenir
d'Énée, venu y consulter l'oracle (véridique) du
dieu, confère un surcroît de religiosité au site,
sans oublier, il est vrai, que l'attente de La Borderie est
avivée par la frustration de ne pas savoir laquelle des
îles qu'il double est "l'île sacrée".
Pierre, Sainct
(482):
voir Saints.
Pollux
(658): voir Castor
et Pollux
Pluton
(425): simple gardien des Enfers, assez négligent pour en
avoir laissé échapper la Mort en personne, et qui
reçoit de puissants coups de semonce de la part de Jupiter
tonnant pour ce qui n'est peut-être après tout qu'une
complaisance, puisque Pluton.est quasiment Plutus, le riche, et que
les riches, c'est bien connu, n'en ont jamais assez.
S
Saints:
Ils ont leur place dans cet index, dans la mesure où leur
efficace est, aux yeux de l'évangéliste La Borderie,
tout aussi mythique que celle des divinités païennes
- moins, parfois. Ils interviennent à deux reprises,
dans la bouche des marins, qui les invoquent d'abord en 479 sq, au
plus fort de la tempête, alors que chacun supplie son
protecteur de le sauver; puis en 651 sq, avec l'explication de ce
météore qu'on appelle aujourd'hui feu saint Elme, et
que les uns attribuent aux bienheureux Côme et Damien
(656),
les autres à Castor et Pollux, tandis que La Borderie, in
petto, remercie sa protectrice, Vénus, de lui envoyer un
signe.
Pour le premier passage, il est bien
difficile de dire pour quelles raisons et parfois quels saints
précisément sont invoqués, en raison du
caractère individuel des réactions mentionnées,
de l'effet de variété et de désordre que La
Borderie veut provoquer, ainsi que du scepticisme de La Borderie
lui-même, pour ne pas dire plus. Pour saint Pierre
(482), c'est
peut-être l'Apôtre, ou, comme le dit Érasme dans
le Naufrage, "je ne sais quel Pierre" ; pour saint Antoine
(479),
lequel encore? l'ermite, celui des visions diaboliques? saint Antoine
de Padoue, très populaire? pour sainte Barbe (ibidem), elle
est peut-être déjà la patronne des artilleurs;
pour saint Cyr (483, "Cyre"), il est l'occasion d'un pieux calembour
qui, pour grotesque qu'il semble à La Borderie, n'en recouvre
pas moins et un genre d'étymologie populaire qui avait cours
(Cyr, la cire), et un acte d'une religiosité très
ancienne, i.e. un ex-voto, en l'espèce de "sa pesanteur et
quantité de cire". La comparaison avec le Naufrage
d'Érasme, source d'inspiration de ce trait, lève toute
ambiguité: il s'agit d'un cierge gigantesque, aussi grand que
la statue du saint, à laquelle le superstitieux attache une
dévotion on ne peut plus matérielle.
Pour le second passage (651 sq), saint
Côme et saint Damien arrivent à point nommé pour
disputer la place à leurs prédécesseurs
antiques, Castor et Pollux. En effet, d'après la
Légende dorée, ces frères jumeaux, tous deux
médecins, soignant gratuitement, résistèrent
à tous les supplices, notamment ceux de la noyade en mer et du
feu, avant d'être décapités. En eux se
réunissent donc la gémellité, la
familiarité avec l'eau et le feu, et l'esprit bienfaisant,
pour les rendre aptes à concurrencer auprès des marins
le couple fraternel païen. On discerne fort bien, à
l'occasion de cette dispute sur le pont, les niveaux de culture,
populaire chez les marins et forçats, et humaniste,
probablement chez quelques officiers et passagers.
T
Theseus
(531-
1317-
1342): le héros athénien est
évoqué à deux reprises. D'abord, en 531, il sert
de référent mythique (dans ce qui apparaît comme
une hyperbole) aux malheureux Français, contraints de refaire
en plein jour, sous le souffle de la Tramontane, la route
périlleuse par où le Siroc les avait menés la
nuit. À ce sujet, La Borderie semble se référer
à une version de la légende de Thésée
inconnue des mythographes: Thésée, à peine
remonté des Enfers, aurait été obligé par
les dieux d'y retourner. Ce qui revient probablement à dire
qu'après avoir été délivré (par
Hercule) des Enfers, où il s'était imprudemment
engagé avec son ami Pirithoos le Lapithe (qui y resta
définitivement), Thésée avait retrouvé
son royaume d'Athènes occupé par un autre, et qu'il
n'avait pas tardé à mourir en exil. Destin passablement
absurde. Mais de fait, l'épisode de la descente aux enfers est
celui qui, dans sa légende, précède sa mort.
Ensuite, à partir de 1317, c'est l'épisode d'Ariane
à Naxos qui est évoqué, pour flétrir
l'ingratitude et l'inconstance du héros, dans un jeu de miroir
inverse et déformant, La Borderie craignant à plusieurs
reprises d'être abandonné pendant son voyage par la dame
de ses pensées. Thésée est ainsi, à coups
de grandes exclamations, vilipendé, maudit, ce qui finalement
justifie la triste fin de ses jours, par quoi il avait fait son
entrée dans le poème. Ainsi apparaît-il comme un
personnage négatif, autant et plus que Pâris. Son
histoire est "trop énorme". Bien qu'il fût roi
d'Athènes, il ne semble pas avoir part à la gloire de
la grande cité.
Triptoleme
(988):
Héros lié aux mystères d'Eleusis dont on lui
attribue la fondation. Fils du rois Céléos, il fut
choisi par Démèter pour semer le blé sur toute
la terre.
Troie
(621,
630,
1440,
1446)
: Ville de Pâris et, implicitement, de
Francus, en butte à la haine de Junon. Ce n'est pas tant sur
le site de la ville, auprès duquel La Borderie croit
être passé, ou sur les détails des combats
opposant Achille et Hector, rapidement mentionnés (en
insistant tout de même sur la férocité des
Grecs), que La Borderie aime à s'étendre. De toutes les
façons, il la contourne, et se plaît à en parler
de manière indirecte: les "monts Idées", où
vivait Pâris, et surtout Junon, l'ennemie majeure des Troyens.
En fait, Troie se confond avec les Troyens, et ceux-ci sont les
ancêtres des Français. Plus qu'un lieu historique, c'est
un thème mythique. Les Français avaient-ils
connaissance de l'anecdote selon laquelle Mehmet II, après la
prise de Constantinople, vint se recueillir sur le site de Troie (ou
celui qu'on croyait tel, en ces temps pré-schliemanniens), en
disant qu'à présent la ville était
vengée? Cela expliquerait peut-être pourquoi la
politique d'alliance avec les Turcs de François 1er gêna
si peu les intellectuels français, par ailleurs
intéressés par le mythe médiéval de
Francus - sans compter que la tradition d'hostilité
envers les schismatiques orthodoxes s'en trouvait ravivée, et
l'éventuel remords de les avoir laissé détruire,
étouffé.
Trois
déesses nues
(1447): Celles
du jugement de Pâris: Vénus, Minerve, Junon.
Vénus, protectrice des Troyens et de leur lointain descendant
La Borderie, qui lui voue une dévotion d'autant plus vive
qu'il est amoureux. Junon n'est invoquée que durant la
tempête. Minerve (ou Athéna, ou Pallas) passe presque
inaperçue, à la fois éponyme d'Athènes et
co-inventrice de l'agriculture avec Triptolème, et n'est
jamais nommée dans l'affaire du jugement de Pâris. Il y
a donc beaucoup de non-dit dans la mythologie de La Borderie.
V
Vénus
(640-
662-
838):
Protectrice de La Borderie à double titre,
comme lointain cousin d'Énée
par Francus, et comme amoureux, Vénus est requise d'intervenir
dans ce qui est aussi son domaine, la mer, son élément
natal (650),
qu'elle a pouvoir d'apaiser, comme on sait au moins
depuis Lucrèce. Aussi lui adresse-t-il une prière,
aussitôt suivie d'un météore lumineux, qu'il
interprète comme une réponse favorable, tandis que ses
compagnons de voyage en disputent l'attribution, qui à saint
Côme et saint Damien,
qui à Castor et
Pollux. Qualifiée de Bonne
Dame (664),
elle uvre surtout "spirituellement" en
déléguant ses pouvoirs apaisants à son fils
Amour (669),
qui s'emploie à chasser Mort de la mer où
elle dressait ses embûches.
Une seconde fois, au large de
Cythère (837 sq),
une même prière silencieuse a
un effet semblable, et la déesse renforce le bon vent, tout en
"adoucissant" l'onde. La Borderie se plaît à croire que
les temples dressés jadis dans cette île à la
déesse Cythérée subsistent en tant
qu'"édifices" (842), même si le culte en est aboli.
L'expression semble s'ingénier à éviter
d'évoquer les ruines. On songe à Baudelaire, mais aussi
bien La Borderie évite-t-il de passer trop près du
rivage, et le culte à la fois littéraire et
intériorisé de Vénus est chez lui bien vivant.
Au point que l'expression quasi-redondante "Temples ayant propres aux
sacrifices" (841) laisse penser que, si l'on avait fait escale, La
Borderie aurait été tenté de renouveler le
culte.